• Olivier Scars

VISITE DE DISTILLERIE DE RHUM : PAPA ROUYO

Dernière mise à jour : 15 févr.



La création d’une nouvelle distillerie de rhum est toujours un événement pour les passionnés que nous sommes.


Après A1710 et HBS en Martinique, c’est désormais PAPA ROUYO qui apparaît sur la carte des distilleries guadeloupéennes cette fois.


J’avais entendu parler de sa création lors de son inauguration et des quelques articles que j’ai pu lire que ce soit sur le Blog à Roger ou sur le profil Facebook de Christian de Montaguère.


J’attendais donc avec impatience de retourner en Guadeloupe afin de pouvoir visiter cette nouvelle distillerie de rhum agricole.



Après avoir contacté Chloé Leguérinel (chef de projet) pour programmer ma visite, cette dernière m’organisa une rencontre sur place avec Joris Galli (cofondateur et arrière petit-fils de Papa Rouyo), Tim Synésius (maître-cannier), Alexandre Caton (responsable de production) et Xavier Piron (ambassadeur de marque et ambassadeur commercial, il aide également beaucoup Alexandre sur la partie production).


Je pris donc la direction de Goyave (Basse-Terre) où se trouve le site de production de cette distillerie dont les champs de cannes à sucre se trouve eux au Moule (Grande-Terre).


Après un accueil chaleureux et des présentations, Xavier, Joris, Tim et Chloé me racontèrent l’histoire de Papa Rouyo, ainsi que la philosophie et la démarche associées à la création de cette distillerie.



La distillerie Papa Rouyo est un projet pensé depuis 2014 qui a été concrétisé en Septembre 2020 avec une première distillation fin Janvier 2021.

Papa Rouyo, de son vrai nom Charles Albert Ruscade, né en 1900 est fils de planteur et dispose dès 1919 d’un contrat de colonage, c’est-à-dire la possibilité d’exploiter des terres à condition de partager les bénéfices (en canne à sucre ou en argent), ainsi que la possibilité d’acheter ces terres situées à Portland au Moule.


Dans les années 70, les 4 enfants de Papa Rouyo reçoivent un courrier d’expropriation.

La fille ainée de Papa Rouyo, Danielle Galli, décide alors de mener un procès en association avec d’autres personnes dans la même situation.


Le procès dure 17 ans, mais aboutit à la victoire de la famille Galli à qui on autorise finalement le rachat des terres en 1997.


CREDIT PHOTO : PAPA ROUYO


Ces terres appartenant au GFA du Moule (Groupement Foncier Agricole) s’étendent sur 400 hectares dont 60% sont des champs de cannes à sucre dont une 20aine d’hectares sont exploités pour la distillerie Papa Rouyo.


Actuellement la récolte est manuelle, mais celle-ci deviendra probablement mécanique prochainement lié à un manque de main d’œuvre, ainsi que dans un soucis d’optimisation tout en respectant les valeurs écologiques.

Une quantité importante de petits planteurs du GFA vendent à la distillerie leurs cannes issues de petites parcelles parfois non exploitées, car pas rentables pour être récoltées mécaniquement.

Du fait de la géologie des sols (argilo-calcaires), l’irrigation est nécessaire sur certaines parcelles.


La notion de terroir est quelque chose de très important et de mis en avant chez Papa Rouyo.


On s’intéresse à la géologie (sols argilo-calcaires donc), à la dimension climatique (salinité importante dans l’air), ainsi qu’à la dimension variétale des cannes à sucre et des spécificités de culture propre à chaque producteur.


C’est en ce sens que le terme « maître-cannier » a été choisi afin de valoriser le travail et le rôle de ses artisans de la terre qui sont à la base du processus de fabrication du rhum et donc indispensable à la production de celui-ci.

CREDIT PHOTO : PAPA ROUYO

Les cannes à sucre exploitées sont la canne rouge et la canne matos (canne blanche) qui est plus petite, mais plus grosse.

La canne va être coupée, puis broyée grâce au Schredder avant d’être pressée grâce à 2 moulins à 3 rolls avec imbibition.


Le jus de canne frais va être transporté sans attendre 1000 litres par 1000 litres jusqu’au site de Goyave.


À noter le souhait à terme de ramener le site de production au Moule sur Grande-Terre, terre historique de Papa Rouyo.



Le jus de canne frais va être transféré dans 4 cuves de fermentation thermorégulées où il va pouvoir fermenté grâce à des levures souches spécialement sélectionnées.

La fermentation va durer 36 à 40h pour donner un vin de canne titrant autour de 5-6%.



La distillation a lieu grâce à un alambic à repasse (double distillation) composé d’un Wash Still baptisé Agathe et d’un Spirit Still baptisé Danielle.


On repasse les têtes et les queues dont les coupes se font au nez.


Le rhum coule de l’alambic entre 70 à 75%.


Le rhum est ensuite transféré dans des cuves en inox, puis il subit une réduction lente grâce à l’eau de source de Saint-Claude.



Le chai de vieillissement contient actuellement 80 fûts de 400 litres constitués d’une majorité de fûts roux ex cognac, ainsi que de fûts neufs en chêne américain (grain fin) et en chêne français (gros grain), avec 10 profils de chauffe différents.



La 1ère cuvée produite par Papa Rouyo a été baptisé « Le Rejeton ».


Le 1er Batch embouteillé à 56% en 500 exemplaires en Juillet 2021 et désormais collector (vendu uniquement à la distillerie en quelques heures seulement) a été produit grâce à une majorité de cannes dites « rejeton », c’est-à-dire des cannes récoltées au bout de 18 mois au lieu de 12 et donc en surmatûrité (dans l’esprit d’une vendange tardive pour le vin).






Le 2ème batch embouteillé également à 56% en 8000-10.000 exemplaires cette fois est sorti récemment et a été produit à partir d’une majorité de cannes rouges récoltées à maturité optimale, ainsi que d’une base du « Rejeton » originel avec 10% de cannes en surmatûrité.








À noter la sortie prochaine d’une cuvée ESB (rhum Élevé Sous Bois, c’est-à-dire ayant vieilli durant au moins 12 mois) correspondant à un assemblage de rhums de colonne achetés à d’autres producteurs guadeloupéens, mais vieillis dans les fûts du chai de Papa Rouyo.


Ce rhum sera embouteillé à 45% en 2064 exemplaires.


CREDIT PHOTO : PAPA ROUYO



Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié la philosophie, la façon de travailler, les membres de l’équipe de Papa Rouyo que j’ai rencontré, ainsi que leurs premières cuvées.


Je me réjouis de la création de cette nouvelle distillerie guadeloupéenne et je suivrais avec attention leurs prochaines productions !


Je conclurais en disant à la manière de ce que revendique The Alchemist dans la bière artisanale : « Pas d’agriculteurs, pas de rhum ! ».


Alors tachons de penser à toutes ces personnes qui cultivent la terre avec passion malgré la dureté de leur tâche dans le but de nous offrir les meilleurs cannes à sucre possibles afin de produire notre spiritueux préféré.





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