• Olivier Scars

OLD JAMAICA RHUM - AFRIKA KORPS LOST LIQUOR - DELVA

Mis à jour : il y a 5 jours


CREDIT PHOTO : VIA YOHAN TANANE


Voilà tout ce que j’aime dans le monde des spiritueux !

Tout est réuni dans cette incroyable histoire du stock de « liqueurs perdues » de l’AFRIKA KORPS.






Celle-ci fut relatée par mon ami YOHAN TANANE sur l’excellente page Facebook « THE BELGIAN SPIRITS-WINES-BEERS CLUB ».


Il eut d’ailleurs l’occasion de déguster ce rum avec HUBERT CORMAN chez CORMAN COLLINS à Battice en Belgique.


CREDIT PHOTO : YOHAN TANANE


Chaque bouteille est vendue avec un certificat d’authenticité et un petit livret dans lequel le colonel JOHN M. GAUSTAD de l’armée des États-Unis raconte « A Legend of Lost Liquor ».


Plutôt que de paraphraser ce fascicule, je vous en propose la traduction que m’a fourni Yohan.


CREDIT PHOTO : YOHAN TANANE


CREDIT PHOTO : YOHAN TANANE


« Nous aimons tous une bonne histoire au sujet de la guerre, n’est-ce pas ?

Surtout si la légende raconte une série d'événements peu connus qui ont commencé au début de la Seconde Guerre mondiale et qui, 65 ans plus tard, risquent de se perdre dans les brumes de l'histoire.

Et encore plus particulièrement si la légende est liée au célèbre Afrika Korps du Field Marshal Erwin Rommel.


Il semble que le Renard Du Désert et son élite Afrika Korps soient tombés sur une vaste cave à vins et spiritueux lors de l'une de leurs incursions dans toute l'Afrique du Nord.

Peut-être la cave était-elle près de Tripoli ou de Tobruk ou même d'El Alamein.

En tout état de cause, elle contenait un million et demi de whisky écossais de qualité supérieure, du rhum jamaïcain, du gin de Londres et du cognac français, tous stockés d’après l'histoire, dans de grands tonneaux de chêne.


C'était un trésor de guerre légitime et les Afrika Korps profitèrent rapidement de la situation.

Le maréchal veilla avec attention à ce que chaque soldat des Korps ait la chance de partager une ou deux fois ces superbes breuvages.

Néanmoins, dès que l'occasion se présenta, les tonneaux restants, d'une valeur de plus d'un million de litres, furent renvoyés en Italie dans les cales vides des navires ravitailleurs d'Axis.

Ce stock resta alors caché pendant plusieurs mois.




Par ailleurs, le 22 janvier 1944, le 6ème corps d’armée américain de la 5ème armée attaqua la plage d’Anzio, ce qui lui permit de mieux s’implanter en Europe continentale.


Comme nous le racontent les rapports de campagne des deux côtés, ce fut très difficile. Finalement, les forces alliées prirent le dessus et la délivrance d’Anzio pu commencer, suivie peu de temps après par la course pour Rome.

CREDIT : VIA YOHAN TANANE


L'un des premiers objectifs de l'opération en petits groupes fut le village de Nettuno.

Imaginez le bonheur de ces tankistes et carabiniers alliés, qui s’étaient endurcis et épuisés au combat, en découvrant que leur objectif était porteur d’un authentique trophée de guerre de quelques 250 000 gallons d’alcools de la plus grande qualité !


En temps utile, la distillerie Delva, bien connue, fut chargée de mettre en bouteille l'alcool capturé à Nettuno.

Mais ce fut lors d’une période sombre pour l'Italie et les italiens.

Il y avait une pénurie de tout, y compris des bouteilles.

La distillerie Delva résolut ce problème en fournissant les ingrédients de base aux entrepreneurs individuels disponibles localement dans le commerce du verre.


En quelques semaines, une merveilleuse gamme de bouteilles d'un litre aux formes différentes fut livrée.

Dans la mesure où un litre n’est que légèrement plus en quantité qu’un quart de gallon américain, ce choix de contenance fut une bonne chose pour Delva et les forces américaines.

Les étiquettes de format extravagant furent imprimées par le Lit. P. Casseti Company de Rome.


CREDIT PHOTO : VIA YOHAN TANANE


À la fin de 1944, le général Mark Clark, commandant de la 5ème armée, devint vraisemblablement titulaire de quelque 800.000 litres de whisky écossais, de rhum jamaïcain, de gin de Londres et de cognac français.

Toutes les bouteilles étaient étiquetées et emballées soigneusement dans des caisses en bois.


Une unité du gouvernement militaire allié, depuis longtemps oubliée et portant les initiales RAAC, témoignèrent par une étiquette spéciale distincte sur chaque bouteille que des tests chimiques assuraient la conformité aux normes de pureté prescrites par le personnel militaire Alliés et que chacun de ces produits étaient tout à fait consommable (photo à l’appui).


CREDIT PHOTO : YOHAN TANANE


Après la victoire finale des Alliés en Mai 1945 en Europe, un redéploiement majeur des troupes américaines fut entrepris pour se lancer dans la tâche de l'occupation.

Certains quartiers généraux des échelons supérieurs et des militaires américains de très haut rang furent transférés d'Italie à des fonctions d'occupation en Autriche.

Personne sur les lieux en 1977 ne savait comment et pourquoi, mais avant la fin de 1945, un train arriva au dépôt ferroviaire de Linz en Autriche, avec tout ce qui restait du stock d’alcool du trésor de guerre de l’Afrika Korps.

Les manutentionnaires de l'époque se souviennent d'avoir déchargé plus d'un demi-million de litres.


Probablement sous l'œil vigilant d'un sergent américain et de ses aides, les centaines de milliers de bouteilles furent soigneusement déposées, chaque couche étant isolée dans un lit de paille, au plus profond des caves de la ville de Linz.


De temps en temps, des quantités sélectionnées étaient retirées pour être utilisées dans les divertissements officiels du gouvernement militaire américain.

D'autres bouteilles furent probablement utilisées pour compléter les maigres stocks de l'opération minuscule de l'US Army Class VI Agency en faveur des forces armées américaines.


CREDIT PHOTO : VIA YOHAN TANANE


En 1947, pour des raisons connues uniquement de l'histoire, la garde des quelques centaines de milliers de bouteilles restantes dans les caves à vin de la ville fut transférée aux forces d'occupation alliées.

Le bureau national des douanes de Linz de la toute nouvelle République autrichienne d'après-guerre devint le nouveau conservateur.


À l'exception des pertes occasionnées lors de raids audacieux par les pirates du Danube à la fin des années 1940 et au début des années 1950, le stock d’alcools de l’Afrika Korps restant dormit paisiblement pendant toutes ces années dans les caves à vin de la ville de Linz.


Des essais effectués par des fonctionnaires du gouvernement autrichien en 1963 et à nouveau en 1974 ont établi que tous les alcools de ce stock ne présentaient aucune trace de fuite ou d’altération et qu’ils étaient tous propres à la consommation.


Puis au début de 1976, des cadres supérieurs représentant les propriétaires légaux du fournisseur d’alcool Afrika Korps restant approchèrent l’agence de l’armée américaine de classe VI avec pour objectif de vendre certaines quantités.


Après une évaluation minutieuse de la légende et l'examen du stock à Linz par un fonctionnaire de l'Agence, la proposition fut discutée lors d'une réunion du Conseil du Fonds USAREUR de catégorie VI.

CREDIT : VIA YOHAN TANANE


La décision fut prise d’acheter 18.000 bouteilles d’un litre de cognac français et 18.000 bouteilles d’un litre de rhum jamaïcain dans le cadre du système US Army Europe Classe VI pendant les vacances de Thanksgiving-Noël-Nouvel An.


Les fournisseurs acceptèrent en outre de mettre à disposition 24.000 bouteilles supplémentaires de scotch whisky si une commande ferme était passée dans les six mois.


Evidemment avec le temps, de nombreuses étiquettes furent endommagées.

Elles furent donc retirées et remplacées pour certaines ou accompagnées, pour d’autres encore relativement lisibles, par des répliques identiques avec pour mention : "Il s'agit d'une reproduction fidèle de l’étiquette originale de cette bouteille".


CREDIT PHOTO : MARC OLIVREAU


Il s’agit donc d’un vieux rum jamaïcain embouteillé pendant la seconde guerre mondiale par la société italienne DELVA et dont on ne connaît ni l’âge, ni la distillerie d'origine.


Les analyses de 1974 font état d'un degré mesuré à 38,06%.


CREDIT PHOTO : MARC OLIVREAU


La robe est très claire, à peine paille.


Au nez, on a des notes de mélasse et de caramel au lait dans un premier temps, puis de solvant, de date, de muscovado et de tabac blond.


En bouche, l’attaque est mesurée avec des notes cendrées et poivrées avant que n’apparaissent les notes de caramel au lait et de sucre vanillé.

Viennent enfin des notes de cape de cigare et de cuir tanné.

L’alcool est moyennement intégré avec une sensation aqueuse en bouche.

Longueur très moyenne.



Rum d’une autre époque à juger et apprécier en tant que tel, mais dont l’histoire est véritablement incroyable.

On sera donc potentiellement influencé par ce véritable morceau d’histoire rattaché à ce rum, mais on sera surtout sensible ou non à ce type de rum de la première moitié du 20ème siècle dont les critères gustatifs étaient totalement différents de maintenant : ⭐️⭐️


CREDIT PHOTO : YOHAN TANANE


À la vue de l’étiquette et de la robe du rum que je viens de décrire, il semblerait que la bouteille dégustée par Yohann et Hubert ne soit pas la même, bien que toutes deux soient parfaitement authentiques bien évidemment.


Voilà ce qu’en a pensé Yohan :


« Après avoir goûté ce rum jamaïcain et d'autres produits de la fin des années 1800 / début 1900, il est clair que nous sommes loin des standards actuels en termes de goût, de texture et d'approche.

Difficile de rattacher cela à un produit plus conventionnel.

Serge Valentin (WhiskyFun) a d’ailleurs dégusté le whisky et le cognac et son avis est assez similaire.

CREDIT PHOTO : YOHAN TANANE


Le profil reste néanmoins dans l'air du temps.

À noter que ce rum n'est probablement pas de la même qualité que les bouteilles finissant sur la table des officiers.


Personnellement j'ai beaucoup aimé, j’ai d’ailleurs toujours adoré les produits d'antan.

Et puis, cela reste une expérience et une dégustation historique, c'est inestimable. »



Un immense merci à Yohan pour ses superbes travaux de recherche, ses photos, ainsi que la traduction du livret.


Un grand merci à Marc d'avoir réussi à trouver (une fois de plus !) une telle rareté.


Merci beaucoup également à Christian de lui avoir acheté, puis de l'avoir splitté, me permettant ainsi d'en acheter un sample afin de la déguster et de réaliser cet article.

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