• Olivier Scars

VISITE DE DISTILLERIE DE RHUM : NEISSON

Dernière mise à jour : juil. 29



Quand on me demande quelle est ma distillerie préférée, comme beaucoup d’amateurs j’ai toujours du mal à répondre tant il est difficile de hiérarchiser mes préférences selon les humeurs et les envies du moment.


Mais ce qui est certain, c’est que la distillerie martiniquaise NEISSON fait parti de mon top 3, et d’autant plus lorsque l’on parle de rhum agricole.



Mon 1er contact avec cette maison remonte à l’époque de l’apprentissage de mon palais au rhum agricole, éducation que je suivais assidûment à la rhumerie / bar à cocktail « LE CYCLAMEN » de ma ville natale du Havre.


Il figurait parmi les flacons prestigieux présents au bar le rhum Neisson XO - Cuvée Du 3ème Millénaire.





Quelques années plus tard, j’ai eu le plaisir et l’occasion de déguster différents millésimes comme les 3 carafes 1991, 1992, 1993, puis les Joint Bottling Velier 1995 et 1997.


Tombant dès lors amoureux de cette distillerie, j’achetai les cuvées m’ayant fait les plus fortes impressions comme la carafe 1992, le 21 ans, le Joint Bottling Velier 1995, puis plus tard le millésime 2004 et 2005, puis le millésime 2005 Joint Bottling Velier et enfin le millésime 1997 Joint Bottling Velier dont je vous parle dans cet article.


Cela peut paraître paradoxal de souhaiter acquérir si rapidement après leurs découvertes ces cuvées si prestigieuses, mais avec le recul je ne le regrette pas, car la rareté et la spéculation sont passées par là et n’avaient pas le temps d’attendre que mon palais soit totalement prêt à les apprécier à leur plein potentiel.


Qui plus est, j’ai pris le temps depuis de redécouvrir les cuvées plus jeunes et les expérimentations plus récentes, me permettant ainsi d’acquérir mes coups de cœur parmi lesquels le XO Full Proof Batch 1 et le Profil 105.




Adorant les dégustations comparatives, mon ami Jean-Paul et moi avons réussi à réunir de nombreux samples des cuvées d’exception de la distillerie grâce à différents splits réalisés sur les groupes Facebook spécialisés.




CREDIT PHOTO : DURHUM


Ce n’est que plus tardivement que je me suis intéressé à leurs rhums blancs comme ce fut le cas avec toutes les distilleries dans mon parcours de dégustation.


Dans un premier temps, « L’Esprit » dont je reviendrais plus en détails un peu plus loin dans cet article.


Depuis, et plus fidèlement, le rhum blanc 52,5% dans sa version classique, puis désormais dans sa version Bio que j’apprécie énormément encore davantage et dont je ne me lasse pas.






Ma passion pour les raretés absolues m’a fait m’intéresser à des cuvées comme le Drop By Drop et la gamme Armada dont je vous parle dans cet article.


De même pour les collaborations avec Velier, l’embouteilleur indépendant italien dont j’apprécie particulièrement le travail.





CREDIT PHOTO : NEISSON


Par ailleurs, j’ai toujours été séduit par la philosophie de la maison : allier qualité et respect de l’environnement avec la mise en avant de la responsabilisation de chaque acteur à toutes les étapes de fabrication du rhum.

À l’heure où certains se targuent de lutter pour l’environnement, mais le font en réalité surtout à des fins marketing et mercantiles, Neisson a toujours mené ce combat (parfois même dans l’ombre), toujours avec fierté.


Parmi les sujets de recherche exploités par la distillerie, on peut citer la conversion Bio de parcelles de cannes à sucre, choix raisonné des variétés culturales de cannes à sucre adaptées à la typologie de chaque parcelle, maitrise de l’arrosage pour économiser l’eau, traitement performant des effluents…





Une des dernières nouveautés en date à l’heure où j’écris ces lignes et preuve à nouveau de l’intérêt de la distillerie pour l’environnement est la création de bouteilles consignées en série limite de rhums blancs 50% et 55%.






CREDIT PHOTO : NEISSON


J’apprécie également chez Neisson son ambition d’expérimentation et d’innovation.


Tout d’abord avec le 1er rhum blanc agricole à haut degré « L’Esprit », puis avec le 1er rhum blanc agricole Bio et désormais avec le 1er rhum agricole Vieux Bio.

CREDIT PHOTO : LE BLOG A ROGER


Pour ce qui est des expérimentations, Neisson s’est intéressé assez tôt aux différents profils de chauffe de ses fûts.

Les profils 105 et 107 montrent toute la complexité et la richesse de cette variable dans le vieillissement du rhum.


D’autre part, la collaboration avec Velier sur les 3 millésimes 2016 ayant vieillis dans des chais différents à des températures et hygrométries différentes prouvent là encore leur intérêt pour la recherche.

Vous pouvez d'ailleurs retrouver tous les détails, ainsi les notes de cette dégustation comparative dans cet article.



Enfin, j’apprécie l’esthétisme que Neisson emploie que ce soit pour ses carafes (notamment la célèbre Zepol’Karé) que pour ses étiquettes et ses coffrets.


À l’instar d’autres distilleries, l’art plus généralement est un élément important que Neisson met de plus en plus en avant que ce soit avec de superbes fresques sur les murs de la distillerie ou sur les bouteilles et coffrets de certaines cuvées (cuvée Sacha, Rhum Vieux Bio…) réalisées par Philippe Baudelocque.








On trouve également sur le domaine des sculptures mettant en scène la production du rhum.









CREDIT PHOTO : BRUNO ANT SPIRITUEUX


Citons également les bouteilles dites « Tatanka » du nom de l’entreprise artisanale du même nom qui réalisent des peintures d’art naïf sur des bouteilles, mais aussi sur des mignonnettes, pots de sucre...


Ce partenariat non exclusif avec la distillerie Neisson remonte à 1996 et on compte aujourd’hui de très nombreuses bouteilles de rhum Neisson ornées par ces peintures.


Le groupe Facebook « Rhum Neisson Tatanka Collector » administré par Bruno Ant Spiritueux regroupe d’ailleurs de nombreuses photos et informations concernant ces cuvées.



Partant de bon matin de Basse-Pointe où nous étions logés, Benoit Bail (fondateur de la Confrérie Du Rhum et ambassadeur Depaz) et moi prîmes la route pour le Carbet.


J’avais eu le plaisir de visiter la distillerie Neisson par moi-même lors de mon 1er voyage en Martinique il y a quelques années.


Nous avions cette fois rendez-vous avec Gregory Vernant-Neisson (directeur de la distillerie) et Alex Bobbi (maitre de chai).



Tout débute en 1932 lorsque Adrien Neisson construit la distillerie familiale sur les terres de la Thieubert au Carbet sur la côte Nord-Caraïbe de la Martinique.



Quelques années après, il est rejoint par son frère Hildevert-Pamphile (dit Jean et surnommé Vevert), ingénieur chimiste de formation qui consacrera sa vie professionnelle à améliorer les techniques de distillation et créera le design des désormais célèbres bouteilles Zepol’Karé.


Au décès de Jean en 1986, la famille Neisson fait appel à Emmanuel Fedronic, distillateur chevronné qui avait déjà travaillé à la distillerie dans les années 60.





Aujourd’hui, Neisson est l’une des dernières distilleries martiniquaises à être restée à la fois familiale et indépendante.


Claudine Vernant-Neisson prend la tête de la distillerie en 1995, rapidement secondé par son fils Gregory (respectivement fille et petit-fils de Jean) avec la volonté d’allier qualité et respect de la nature.


C’est ainsi qu’en 2013 démarre la conversion biologique des terres et que naît le 1er Rhum bio AOC Martinique en 2016.


CREDIT PHOTO : NEISSON


Les champs de cannes à sucre du domaine s’étendent sur 42 hectares et regroupent 4 à 5 variétés (essentiellement la canne bleue, mais également la rouge, la cannelle et la cristalline) dont 1 bio.


La récolte a lieu de Janvier à Juin de manière manuelle sans brûlage et mécanique par endroit.


La transition vers le Bio déjà réalisée sur certaines parcelles a permis de trouver des alternatives aux herbicides chimiques.

De même, le développement de plantes inter-rangs et le vétiver permettent de limiter la croissance de mauvaises herbes.








Après avoir été pesée et analysée, la canne rejoint le coupe canne, puis est broyée par 3 moulins avec imbibition (méthode qui consiste à ajouter de l’eau à la canne broyée et pressée entre chaque moulin afin d’en extraire le plus de sucre possible).












La bagasse (résidu de canne à sucre) est utilisée comme combustible pour la machine à vapeur qui entraîne les moulins.










Le vesou (jus de canne) va ensuite rejoindre les 8 cuves de fermentation (4 fonctionnent en même temps).






Après des années de recherches, Neisson utilise ses propres souches de levures indigènes sélectionnées parmi celles naturellement présentes sur les cannes de la distillerie.


La fermentation dure 120 heures, ce qui représente la durée la plus longue autorisée par l’AOC Martinique.



La distillation est réalisée grâce à une colonne Savalle en cuivre de 24 plateaux (15+9) produisant un distillât autour de 70% selon le profil recherché.







Le rhum blanc de l’année séjourne en foudre en inox durant 2 à 12 mois et est brassé de manière régulière.


La réduction se fait grâce à de l’eau adoucie et osmosée.









Le domaine possède un chai de vieillissement qui contient actuellement 21 foudres en inox pour les rhums blancs, quelques foudres de chêne et moins de 500 fûts.


Cette futaille se compose de fûts de chêne américain et français du Limousin, ex bourbon et ex cognac, ainsi que de fûts neufs avec différents profils de chauffe dont les désormais célèbres Profil 105 et Profil 107.


L’embouteillage est réalisé sur place (même pour les rhums blancs) de manière mécanisée dans une atmosphère surpressée évitant les dépôts de poussière dans les bouteilles.


Les bouteilles sont préalablement rincées au rhum pur qui est ensuite filtré et réutilisé de la même manière.




CREDIT PHOTO : LES AMIS DES AMIS DU RHUM


La gamme des rhums Neisson est riche et ne transige jamais avec la qualité.


Comme à l’habitude, je ne prétends pas être exhaustif dans la liste qui suit.


CREDIT PHOTO : LES AMIS DES AMIS DU RHUM


Pour ce qui est des rhums blancs :


50% : désormais également en bouteille consignée par la distillerie; existe également en version Tatanka.


52,5% : cuvée iconique de la distillerie.


52,5% conversion Bio : arrêt de la production.


52,5% Bio


55% : désormais également en bouteille consignée par la distillerie; existe également en version Tatanka.


Tatanka Bio 55%


Tatanka Bio 66%


L’Esprit 70% : Neisson a été la 1ère distillerie de rhum agricole à proposer un rhum blanc à si haut degré.


L’Esprit Bio 66%


CREDIT PHOTO : LES AMIS DES AMIS DU RHUM


Pour ce qui est de rhums vieillis, on trouve :


Élevé Sous Bois 45%


Profil 105 54,2% : rhum élevé sous bois avec passage préalable durant 4 mois dans un fût dont le profil de chauffe porte le numéro 105 avant de rejoindre un foudre de chêne.


Profil 105 Bio 53,3% : rhum bio élevé sous bois avec passage préalable durant 4 mois dans un fût dont le profil de chauffe porte le numéro 105 avant de rejoindre un foudre de chêne.


Profil 107 52,8% : rhum élevé sous bois avec passage préalable durant 4 mois dans un fût dont le profil de chauffe porte le numéro 107 avant de rejoindre un foudre de chêne.


Profil 107 Bio 53,8% : rhum élevé sous bois avec passage préalable durant 4 mois dans un fût dont le profil de chauffe porte le numéro 107 avant de rejoindre un foudre de chêne.


Le Rhum Vieux par Neisson 45%


Rhum Vieux Tatanka 45% : embouteillé pour LMDW.


Rhum Vieux Tatanka 54,7% : embouteillé pour LMDW.


Rhum Vieux Bio 52,3% : 1er rhum vieux agricole Bio au monde.


Neisson VSOP (version distillerie) 44%


Neisson VSOP (version LMDW) 44%


Extra Vieux 45% : arrêt de la production.


Neisson XO Cuvée du 3ème millénaire 45% : arrêt de la production.


Le Rhum XO par Neisson 48,5%


Le Rhum XO par Neisson Full Proof : 3 Batchs respectivement à 54,2%, 50,8% et 57,3%.


Tatanka 2010 46% : 4 ans d’âge, bouteille d’1 litre embouteillée pour LMDW.


Tatanka 2011 46% : 4 ans d’âge, bouteille de 70cl embouteillée pour LMDW et Velier.


Carafe 1991 45,3%


Carafe 1992 49,2%


Carafe 1993 46,3%


Carafe 2012 58,7% : 5 ans d’âge.


Carafe des 88 ans 46% : millésime 2015.



Joint Bottling Velier 1995 48% : 19 ans d’âge.

Joint Bottling Velier 1997 44,7% : 15 ans d’âge.


Joint Bottling Velier 1997 44,1% : 20 ans d’âge.


Joint Bottling Velier 2005 51,3% : 11 ans d’âge.


Joint Bottling Velier 2007 58,1% : 9 ans d’âge.


Joint Bottling Velier 2007 Tatanka 59%






Joint Bottling Velier 2016 Chai Mainmain 54,1% : dans les célèbres bouteilles noires Velier.


Joint Bottling Velier 2016 Chai Vevert 56,8%

Joint Bottling Velier 2016 Chai Adrien 55,8%





CREDIT PHOTO : JUAN CARLOS



Millésime 2003 43,1%

Millésime 2004 45,4% : 9 ans d’âge.


Millésime 2005 43% : 8 ans d’âge.


Millésime 2007 58,9%


CREDIT PHOTO NEISSON


Cuvée Sacha 2003 46,1%


L’Armada 1991 45%


L’Armada 1992 46,8%


L’Armada 1993 46,3%


L’Armada 1994 46,8%


L’Armada 1995 43,8%


L’Armada Drop By Drop 46%


L’Armada Cuvée des 88 ans 44,8%



12 ans : 2 batchs respectivement à 49,7% 52,7%.


15 ans : 3 batchs respectivement à 44,7%, 48% et 48,7%.


18 ans : 2 batchs respectivement à 45% et 46,1%.


19 ans 47,6%


21 ans 45,3%



Une fois la visite terminée, Alex nous emmena dans la salle de dégustation.

Quel plaisir de déguster et de comparer autant de cuvées exceptionnelles !


Un moment unique et privilégié avec un maître de chai multi-casquettes, passionné et passionnant avec une générosité débordante et un enthousiasme communicatif.






La dégustation comparative des deux VSOP fut très intéressante, avec une petite préférence personnelle pour la version LMDW.


Mention spéciale pour la cuvée 19 ans, ainsi que la cuvée Armada pour les 88 ans de la distillerie qui m’ont enchantées.







Un immense merci à Grégory et à Alex pour leur disponibilité et leur générosité, je suis reparti de la distillerie en homme heureux et comblé !

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