• Olivier Scars

VISITE DE DISTILLERIE DE RHUM : DEPAZ

Dernière mise à jour : 9 août 2021



La distillerie DEPAZ m’a toujours fasciné, aussi bien pour ses rhums que pour son histoire sur laquelle je reviendrais un peu plus loin dans cet article.


Mon premier contact avec les rhums Depaz remonte à la période où je découvrais le rhum agricole dans l’excellente rhumerie / bar à cocktails « LE CYCLAMEN » de ma ville natale du Havre.


La cuvée « Prestige » faisait parti de mes favorites parmi une sélection de très belles carafes présentes au bar.



Quelques années plus tard, je fus très attiré par les millésimes de légende que sont les Depaz 1929, 1950 et 1966.


J’ai d’ailleurs eu le plaisir de partager cette dégustation comparative avec mon ami Benoit Bail (fondateur de la Confrérie Du Rhum et ambassadeur Depaz) lors de ce voyage en Martinique.


Vous trouverez tous les détails dans cet article et pour encore plus de détails sur le millésime 1929, vous trouverez toutes les infos dans cet article là.






C’est lors d’une édition du Rhum Fest Paris que Benoit me fit découvrir une petite révolution qu’il avait à discrétion à son stand : le premier rhum Depaz Brut de fût.

Ce millésime 2000 m’enchanta et il me fallu être vif afin de réussir à en acquérir une avant qu’elles ne soient rapidement sold out.





CREDIT PHOTO : LES AMIS DES AMIS DU RHUM






Lors de ce séjour en Martinique, Benoit me fit déguster la Cuvée XO du 50ème anniversaire du Rotary Club de Saint-Pierre.


Un superbe rhum d’assemblage digne des grands rhums de la maison Depaz.








J’ai eu le plaisir de visiter la distillerie Depaz lors de mon premier voyage en Martinique il y a quelques années.


Cette vue sur la mer Caraïbes que l’on a depuis le château, cette visite libre de la distillerie en circuit fléché et ces mangues que l’on nous invita à ramasser et à emporter chez nous tant il y en avait au pied du manguier…


Tant de bons souvenirs qui m’avaient donné terriblement hâte d’y retourner lors de ce second voyage sur l’île aux fleurs.



Le Carbet et Saint-Pierre n’étant que peu éloignés, nous fûmes rapidement arrivés à la distillerie Depaz.


Sam de chez HSE / Caribbean Bartenderz nous rejoignit et c’est cette fois Benoit en tant qu’ambassadeur de la distillerie qui se fit une joie de nous faire visiter.



L’Habitation « La Montagne » est à l’origine un domaine agricole fondé en 1651 par Jacques Duparquet, 1er gouverneur de la Martinique.


La famille de Victor Depaz travaille la canne à sucre sur ces terres et participe au développement de la production de rhum.


Le 8 Mai 1902, le volcan de la Montagne Pelée entre en éruption, détruisant le domaine et la ville de Saint-Pierre en faisant de très nombreuses victimes.


Victor Depaz, étudiant alors à Bordeaux, apprend la terrible nouvelle.

Devenu orphelin et ruiné, il projette de se rendre au Canada, mais une escale en Martinique le pousse à revenir à Saint-Pierre, la ville qui l’a vu naître.



Le 8 Mai 1917, il met en route sa toute nouvelle distillerie approvisionné par 521 hectares de cannes à sucre dont il est propriétaire.


CREDIT PHOTO : RHUM DEPAZ


Il fit ensuite construire une demeure familiale rapidement baptisée « Château Depaz » et habitée par la famille jusque dans les années 80.


La visite de ce château est vraiment superbe.

On est plongé dans une autre époque et on imagine aisément la famille Depaz au fumoir ou dans la salle de jeux.



Dans les années 50, André et Raoul Depaz (les fils de Victor) prennent le relais de leur père en améliorant la distillerie et en modernisant la production de la canne à sucre.



En 1989, André Depaz prend la tête de la distillerie et s’associe au groupe familial bordelais Bardinet.


En 1993, le groupe Bardinet rejoint le groupe La Martiniquaise qui possède ainsi les marques Dillon et Depaz.


CREDIT PHOTO : RHUM DEPAZ


Les plantations de champs de cannes à sucre s’étendent sur 480 hectares, sur Saint-Pierre pour Depaz et Basse-Pointe pour Dillon.


La distillerie n’a pas besoin d’apport extérieur de cannes à sucre.


Les variétés exploitées sont majoritairement les cannes bleues, ainsi que cannelles et rouges.

Une quatrième en test actuellement.


La récolte débute en Février et se fait de manière mécanique.



Il y a 4 ans, la distillerie Depaz a choisi de changer sa méthode de culture de la canne à sucre en suivant l’initiative brillante de Monsieur et Madame Brugidou, responsables d’exploitation à Basse-Pointe.


Ces derniers ont réussi à moderniser un procédé ancestral en l’adaptant au terroir de la distillerie.


Cette technique appelée BPG (Boutures Pré-Germées) consiste à isoler les boutures de la canne à sucre et à la faire germer sous serre durant 2 mois avant de les planter dans le sol.


Cette méthode apporte plusieurs avantages environnementaux, mais également en terme de technique culturale, ainsi qu’au niveau social, permettant au final de privilégier une agriculture raisonnée et éco-responsable.


La culture traditionnelle de la canne à sucre en Martinique nécessite environ 20 tonnes de cannes pour 1 hectare de terre.


Avec cette méthode BPG, une tonne de cannes suffit pour replanter la même surface, ce qui permet de réaliser d’importantes économies en canne à sucre qui seront directement envoyées à la distillerie, augmentant ainsi la production de rhum sans augmenter les surfaces d’exploitation ni le rendement des parcelles cultivées.


Cette nouvelle technique de plantation apporte également un gain en terme de rendement par hectare, ainsi qu’en terme de vitesse de plantations, ce qui libère du temps pour une meilleure préparation des sols.



Au niveau environnemental, la méthode BPG permet d’utiliser 5 fois moins de gasoil par hectare planté et de réduire fortement la compaction des sols en utilisant des engins agricoles plus légers et en nombre moindre.

Cette technique permet également de pratiquer des méthodes de binage mécanique très précis en plantant à l’aide d’un GPS, permettant de lutter plus facilement contre les mauvaises herbes et donc de réduire drastiquement l’utilisation d’herbicides.


Enfin, cette méthode permet d’améliorer nettement la qualité de travail des planteurs grâce à l’adaptation et à la modernisation de leurs outils de travail.



Aujourd’hui, Depaz produit des BPG pour 70 hectares, l’objectif à terme étant que la totalité des plantations du domaine soient en BPG.










La canne arrive déjà coupée jusqu’au Schredder qui va la défibrer.
















Elle va ensuite être broyées par 4 moulins (3 à vapeur grâce à une machine à vapeur d’époque et 1 électrique) avec imbibition.










La bagasse (résidu de canne à sucre) sert de combustible au four de la machine à vapeur qui va créer l’énergie nécessaire aux moulins.


Elle va aussi être utilisée comme composte afin d’enrichir les sols des nouvelles plantations de canne.


La distillerie utilise un méthaniseur pour le traitement des effluents, ainsi qu’un système de retraitement de ses fumées.



Le vesou (jus de canne) quant à lui va être filtré avant de rejoindre les 28 cuves de fermentation.


La distillerie Depaz utilise une levure spécifique qui va être responsable de la fermentation.


Celle-ci dure 48-72h et va donner naissance à un vin de canne qui titre autour de 6,5%.









La distillation a lieu grâce à 3 colonnes cuivre / inox.

Le distillât coule autour de 72%.









Le domaine regroupe 4 chais de vieillissement commun à Depaz et à Dillon, un 5ème étant actuellement en construction.









On y trouve des foudres de chêne et une futaille commune aux 2 marques qui est actuellement composée de 8000 fûts et passera à 13000 fûts dans les 2 prochaines années.












Il s’agit de fûts de chêne de type oenologique (eau-de-vie cognac notamment), vinique (ex vin), liquoreux (ex vin liquoreux) et ex bourbon.








CREDIT PHOTO : DEPAZ


La gamme des rhums Depaz allie cuvées iconiques et innovations (parcellaire, single cask, brut de fût).



En rhum blanc, on trouve :


Cuvée de la Montagne 45% : rhum blanc issu exclusivement de cannes à sucre récoltées sur la Montagne Pelée, ayant subi une réduction lente et fractionnée de 60 jours minimum et un repos de 3 mois minimum avant embouteillage.


Cuvée Papao 2019 / Cuvée Papao 2020 48% : rhum blanc parcellaire.


Cuvée des Alizés 2020 45% : rhum blanc issu de cannes à sucre récoltées en pleine saison des Alizés.


Rhum Blanc 50%

Rhum Blanc 55%



En rhum vieilli, on trouve :


Élevé Sous Bois 50% : plus de 12 mois de vieillissement en foudre de chêne.


Vieux 45% : au moins 3 ans d’âge.

Cuvée Victor Depaz 41% : assemblage de rhums de 3 et 4 ans ayant vieillis dans des petits fûts de chêne américain.

VSOP 45% : assemblage de rhums ayant vieillis plus de 7 ans dans des petits fûts de chêne.

Hors d’Age XO 45% : assemblage de rhums ayant vieillis entre 8 et 10 ans.


Hors d’Age XO Port Cask Finish 45% : plus de 8 ans de vieillissement, puis 11 mois en fûts de Porto.







Prestige XO 45% : assemblage de rhum vieillis au moins 9 ans dans des petits fûts de chêne.







CREDIT PHOTO : DEPAZ





Prestige coffret Merisier 45% : avec un parchemin et une carafe différente de la version classique.


XO « Cuvée du Rotary Club de Saint-Pierre » 45% : embouteillé en l’honneur du 50ème anniversaire du club.


XO 40 ans 45% : assemblage de 6 millésimes différents de 2004 à 2013.





CREDIT PHOTO : J-p CHAULIAGUET



CREDIT PHOTO : HOLLOW 972



Single Casks Brut de fût 2000 58,5% : fût 602 et fû 603.


Single Casks Brut de fût 2002 61,6% : exclusivité export Italie et Allemagne, fût 702 et fût 706.


Single Casks Brut de fût 2003 61% : exclusivité Martinique.


CREDIT PHOTO : J-p CHAULIAGUET


Single Casks Brut de fût 2004 58% : exclusivité export Italie et Allemagne, fût 3374 / fût 3372 / fût 3375 et fût 3371.


Single Casks Brut de fût 2005 58,2% : fût 502 et fût 503.



Millésime 1929 45%


Millésime 1950 45%


Millésime 1956 45%


Millésime 1979 45%


Millésime 2002 45% : plus de 11 ans de vieillissement.


Millésime 2003 Single Cask 45% : plus de 11 ans de vieillissement.



À noter que se trouve sur le domaine un musée autour du rhum qui regroupe différents objets typique participant à sa production.


On trouve également la Case à Louisette du nom d’une des 1ères ouvrières de Victor Depaz qui, en récompense de la qualité de son travail, s’est vu offrir la possibilité d’exploiter ce lieu une fois la retraite venue.

Aujourd’hui, elle est occupée par sa petite-fille qui y vend des gâteaux et des sirops Peyi.

CREDIT PHOTO : RHUM DEPAZ


CREDIT PHOTO : BENOIT BAIL




Après cette visite, nous rejoignîmes Stephanie Dufour (maitre de chai) pour une dégustation à l’entrée des chais et des discussions autour des rhums Depaz.


Nous poursuivîmes cette dégustation à la boutique dans l’espace de dégustation dédié.

Spacieuse et agréable, idéale pour déguster et comparer les différentes cuvées !




Benoit étant probablement un des meilleurs hôtes que je connaisse, il avait pris le soin de réserver au restaurant du domaine « Le Moulin à Canne » où nous pûmes déjeuner tous les 3 avec Sam.


Un moment fort agréable aussi bien coté cuisine que niveau ambiance puisque nous étions installés confortablement en terrasse avec une magnifique vue sur mer.


CREDIT PHOTO : DAN DEAL


Nous terminâmes cette visite du domaine par une séance photo que Depaz avait organisé pour Benoit avec le talentueux et sympathique Dan Beal qui me permit d’immortaliser notre belle amitié renforcée par ce voyage.







Cela m’a d’ailleurs laissé le temps d’admirer une chauve-souris perdue à l’entrée des chais !








CREDIT PHOTO : DAN BEAL


Même si il me reste un dernier article à rédiger concernant mes visites de distilleries durant ce séjour, je profite de cet article sur Depaz pour remercier chaleureusement Benoit pour sa confiance, sa générosité et son envie de partage sans fin !


Passer 8 jours en sa compagnie à sillonner la Martinique afin de visiter toutes ces distilleries nous a permis de faire plus amples connaissances, de découvrir des points communs inattendus (musicaux notamment !), de très bien manger, de déguster des rhums magnifiques, de beaucoup rire et donc de seller une amitié comme seule l’expérience vécue dans la réalité peut le faire.


Des années à se connaître par les réseaux sociaux, à faire des dégustations par vidéos interposées, à enregistrer des podcasts, à se croiser en salon…



En 8 jours seulement, nous avons appris à nous connaître et je sais désormais qu’il est un ami qui compte et à qui je dois d’avoir réalisé un de mes rêves, celui de visiter la Martinique en séjournant chez l’habitant (une famille formidable que je remercie également énormément au passage !) et en réalisant des rencontres et visites exclusives des distilleries.



CREDIT PHOTO : BENOIT BAIL


Un programme aux petits oignons qui nous a permis de tout faire (visiter, mais aussi découvrir réellement la culture martiniquaise sous bien des aspects) et ce, sans avoir l’impression de courir après le temps.


Ce défi qui me paraissait quasi impossible à réaliser fut relevé avec brio !

Bravo et merci infiniment pour tout Benoit !




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